Le pyrèthre figure parmi les insecticides les plus anciens utilisés par l’homme. Extrait des fleurs de pyrèthre de Dalmatie (Tanacetum cinerariifolium), il est souvent présenté comme une alternative naturelle aux pesticides de synthèse. Cette réputation rassurante masque une réalité plus nuancée : le terme « pyrèthre » recouvre plusieurs substances aux profils de risque distincts, et la frontière entre produit naturel et produit de synthèse se joue parfois sur une simple ligne d’étiquette.
Pyréthrines naturelles, pyréthrinoïdes de synthèse : ce que l’étiquette ne dit pas clairement
Quand un produit affiche « à base de pyrèthre » ou « pyrèthre naturel », il contient en principe des pyréthrines extraites de fleurs de chrysanthème. Ces molécules se dégradent rapidement à la lumière et à l’air, ce qui limite leur persistance dans l’environnement et dans l’organisme.
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Les pyréthrinoïdes de synthèse, eux, sont des molécules fabriquées en laboratoire pour imiter l’action des pyréthrines tout en résistant bien plus longtemps. Des substances comme la perméthrine, la cyperméthrine ou la deltaméthrine appartiennent à cette famille. Leur durée d’action prolongée les rend plus efficaces contre les insectes, mais aussi plus préoccupantes en termes d’exposition humaine.
Sur l’emballage d’un insecticide vendu en grande surface ou en jardinerie, la distinction n’est pas toujours évidente. Pour savoir ce que contient réellement un produit, il faut chercher la liste des substances actives, généralement en petits caractères. Voici les repères utiles :
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- La mention « pyréthrines » ou « pyrethrum extract » avec le numéro CAS 8003-34-7 désigne l’extrait naturel, celui autorisé en agriculture biologique sous conditions.
- Des noms comme perméthrine, cyfluthrine, tétraméthrine ou alléthrine signalent un pyréthrinoïde de synthèse, même si le packaging évoque un univers « naturel » avec des visuels de fleurs.
- Le pipéronyl butoxyde (PBO), souvent ajouté comme synergiste, n’est pas un insecticide en soi mais bloque les enzymes qui permettent aux insectes de détoxifier les pyréthrines. Il augmente l’efficacité du produit, et potentiellement l’exposition de l’utilisateur.

Toxicité du pyrèthre pour l’homme : ce que les données permettent d’affirmer
Les pyréthrines naturelles sont considérées comme faiblement toxiques pour les mammifères, y compris l’homme. Leur mécanisme d’action cible le système nerveux des insectes (animaux à sang froid) de manière bien plus agressive que celui des animaux à sang chaud. Cette sélectivité explique la réputation de relative innocuité du pyrèthre.
Pour autant, faible toxicité ne signifie pas absence de risque. Les voies d’exposition déterminent largement la nature des effets indésirables.
Contact cutané et inhalation
Le contact direct avec un produit concentré peut provoquer des irritations de la peau, des picotements, voire une dermatite de contact chez les personnes sensibles. Par inhalation, les sprays à base de pyréthrines ou de pyréthrinoïdes peuvent déclencher des irritations des voies respiratoires. Les personnes asthmatiques sont particulièrement vulnérables.
Ingestion accidentelle
L’ingestion de pyréthrines à faible dose provoque rarement des effets graves chez l’adulte. Les symptômes décrits dans la littérature toxicologique incluent nausées, vomissements et maux de tête. Les cas d’intoxication sévère restent rares et concernent surtout des expositions massives ou accidentelles.
Le cas des pyréthrinoïdes de synthèse
La situation diffère sensiblement avec les pyréthrinoïdes. Leur persistance dans l’organisme est plus longue, et plusieurs d’entre eux sont classés comme perturbateurs endocriniens suspectés. Les pyréthrinoïdes sont les insecticides les plus présents dans les foyers français, selon un rapport de l’Institut de veille sanitaire. Les enfants, dont le poids corporel est faible par rapport à l’exposition, et dont les systèmes de détoxification sont encore immatures, constituent une population à surveiller.
Réglementation européenne des pyréthrines : une autorisation sous conditions
L’autorisation des pyréthrines dans l’Union européenne a fait l’objet de plusieurs prolongations. L’échéance actuelle a été reportée au 30 avril 2028, dans l’attente d’une réévaluation complète. Ce calendrier illustre la difficulté d’aboutir à un consensus scientifique définitif sur le profil de risque de ces substances.
Les pyréthrines naturelles restent autorisées en agriculture biologique, encadrées par le règlement européen. Les pyréthrinoïdes de synthèse, eux, ne bénéficient pas de cette tolérance et relèvent du cadre réglementaire des pesticides conventionnels.
L’autorisation en bio ne vaut pas certificat d’innocuité totale. Elle signifie que la substance, utilisée dans les conditions prescrites, présente un rapport bénéfice/risque jugé acceptable par les autorités. Rien de plus.

Précautions concrètes pour limiter l’exposition aux insecticides à base de pyrèthre
Le risque lié au pyrèthre dépend moins de la molécule elle-même que des conditions d’utilisation. Un spray diffusé dans une pièce fermée, fenêtres closes, expose bien davantage qu’un traitement ponctuel en extérieur.
- Aérer la pièce au moins trente minutes après l’utilisation d’un spray ou d’un diffuseur électrique contenant des pyréthrines ou des pyréthrinoïdes.
- Éviter d’appliquer ces produits sur des surfaces en contact avec des aliments, des jouets d’enfants ou des zones de couchage d’animaux domestiques.
- Porter des gants lors de la manipulation de produits concentrés au jardin, et se laver les mains après chaque utilisation.
- Privilégier les formulations prêtes à l’emploi aux concentrés à diluer, qui augmentent le risque de surdosage et de contact cutané.
Les chats sont particulièrement sensibles aux pyréthrinoïdes, car ils métabolisent ces molécules beaucoup plus lentement que les chiens ou les humains. Un produit antiparasitaire canin à base de perméthrine, appliqué par erreur sur un chat, peut provoquer des convulsions graves, voire la mort de l’animal.
Le pyrèthre naturel n’est pas toxique au sens où une exposition ponctuelle et maîtrisée mettrait en danger un adulte en bonne santé. Le vrai enjeu se situe dans la confusion entretenue entre pyréthrines naturelles et pyréthrinoïdes de synthèse, et dans la répétition des expositions à faibles doses.
Lire la liste des substances actives avant d’acheter un insecticide reste le geste le plus utile, et le moins pratiqué.

